AMELIOR Association des Marchés Economiques Locaux Individuels et Organisés du Recyclage

Les marchés des biffins : une solution, pas un problème !

À la rentrée2014, la ville de Bagnolet a été le théâtre d’une crise qui attire les médiaset préoccupe sa population : le regain de l’envahissement chaotique de l’espacepublic par environ 500 biffins sans place et leurs milliers d’acheteurs,contraints de vendre et d’acheter « à la sauvette », dans le cadre demarchés inorganisés, leurs marchandises de récupération.

Marchés à la sauvette qui nedatent pas d’hier, puisque les abords des puces de Montreuil, mais aussi dePorte de Vanves ou de Porte Montmartre attirent depuis de nombreuses années despersonnes déshéritées, qui tentent d’y vendre, régulièrement ouoccasionnellement, ce qu’ils possèdent ou ont glané. Cette activité, la biffe,qui peut aussi bien être un expédient qu’un véritable métier, est cependantinterdite, ou plutôt empêchée : dans la mesure où ces personnes n’ont pasaccès, comme n’importe quel pucier, brocanteur ou locataire de place sur unvide grenier, à une place pour vendre, elles sont contraintes de s’installer endes lieux inappropriés. Loin de chercher à régulariser cette activité spontanéede personnes exclues, et donc à pacifier ces zones en créant de l’emploi, lesmairies concernées ont tenté de réprimer le phénomène depuis de nombreusesannées : la police chasse, arrête, confisque sans inventaire et détruitles marchandises des biffins sans place depuis maintenant dix ans. Et, dans lemême temps, les marchés à la sauvette, loin de disparaître, se sont multipliés(à Belleville-Couronnes, à Barbès-La Chapelle…), et la fréquence en a augmenté(on vend le mardi et vendredi à Belleville, les mercredi et samedi à Barbès, levendredi aux portes Montreuil et Montmartre, de jour mais aussi de nuit).

 

Au mois de février 2014, une nouvelleétape a été franchie dans le renforcement de cette politique répressive, avecla création de la ZSP à porte Montreuil. Mesure-phare de cette politique : enaoût 2014, il a été décidé de fermer purement et simplement la rue (passerelleLucien Lambeau). D’où le déplacement immédiat des vendeurs vers la communefrontalière de Bagnolet, de la passerelle Lucien Lambeau au square EugèneVarlin, le long des fenêtres de la CNAM, et sur le parking des puces les joursoù celles-ci n’ont pas lieu, mais où les biffins viennent vendre désormais. Onpasse ainsi d’un lieu inadapté et interdit à un autre - simple glissement quioccasionne, au gré des intervention des forces policières, des mouvements defoule, des scènes de harcèlement, l’abandon de nombreuses marchandises au sol…Rendant sales et impraticables les équipements publics, et particulièrementpénibles la vie et le travail dans ces espaces. Dès septembre, des riverains deBagnolet résidant au quartier des Coutures manifestaient pour dénoncer le« malaise et l’insécurité » des lieux, et demander « des CRScontre les vendeurs à la sauvette ». L’élargissement de la ZSP à leurcommune leur a ainsi été accordé. Le 11 octobre, c’est au tour de riverains du20ème, accompagnés d’élus locaux, de se rassembler pour exprimer le mêmeras-le-bol. Au même moment, certains articles sur cette crise[1]ont fait du manque de moyens financiers à investir dans la répression laprincipale cause de cette crise à Bagnolet.

Bref, on a à nouveau réagi dansle même sens, prôné la même politique répressive - alors même que, à Bagnolet,on en subissait les conséquences néfastes. Submergée par les flux générés parle XXe, la ville n’a eu d’autre solution que de demander les moyens de pouvoir,à son tour, déplacer le problème, et reporter son traitement dans le temps.C’est ainsi que le jeu du chat et de la souris se remet en place…

 

Après avoir été chassés de la porte Montreuil, les biffins sans place viennent déballer à Belleville (oct.2014)

Les biffins chassés de la zonedes puces de Montreuil refluent en ce moment vers d’autres zones du XXe (comme ci-contre, à Belleville) ou du XVIIIe (Barbès, porte Montmartre). Contraints de vendre dansdes espaces déjà saturés et donc d’autant plus chaotiques, à des horaires plusdiscrètes ou plus fréquentes (le mardi, et même la nuit…), ils subissent unregain de précarisation. Le problème a été simplement déplacé, une fois de plus,comme tout au long de la précédente mandature. En 2006 et 2010, les riverainsmanifestaient déjà à Bagnolet et dans le 20e, et les biffinss’associaient déjà pour demander leurs droits (Sauve-qui-peut, Collectif desoutien aux biffins sans place…). Quand sortira-t-on de ce cerclevicieux ?

 

Le maintien decette ligne répressive, l’absence de courage politique et de volonté dechangement, est une attitude irresponsable qui, loin de résoudre le problème,l’aggrave. En effet, la répression ajoute aux souffrances des biffins(arrestations, harcèlement, saisie de leurs marchandises) et, en augmentantleur précarité, augmente leur besoin de vendre et leur exposition àl’exploitation. Elle ajoute aussi aux souffrances des riverains et descommerçants (saleté, espaces saturés, fermés ou bouclés par la police, scènesde violences permanentes), ainsi qu’aux tensions politiques et aux inégalitésterritoriales (les communes de l’Est parisien et francilien ne sont-elles pascensées travailler « ensemble » dans le Grand Paris, et non les unescontre les autres, se renvoyant la balle indéfiniment ?)

Or les nuisances occasionnées par les marchés à lasauvette et leur répression cesseraient, si ceux-ci faisaient l’objet d’unvéritable travail d’organisation et de régulation – si ceux-ci cessaient,précisément, d’être « à la sauvette ». Si, comme les biffinsrécupérateurs-vendeurs le demandent depuis de nombreuses années, des lieux leurétaient attribués, où chacun aurait sa place ; où la présence depoubelles, de toilettes et des services de propreté municipaux permettrait detenir les lieux propres ; où les marchandises pourraient être vérifiées pouréviter la confusion fallacieuse entre biffe et recel ; où l’encadrementpar des professionnels du métier de la biffe et des travailleurs sociauxpermettrait aux biffins de mieux gérer leur activité et leurs éventuelsproblèmes personnels. Autrement dit, si les biffins jouissaient des mêmesdroits que tous les autres acteurs économiques, comme sur les autres types demarchés organisés (alimentaires, brocante, vide-greniers…) S’ils jouissaient, àvrai dire, des mêmes droits que tous les citoyens, dont les diverses activités,économiques ou non, sont régulées afin de ne pas porter préjudice aux autrescitoyens.

Un marché alimentaire classique laisse derrière lui des tonnes de détritus. Qui songerait à laisser la place publique en l'état? Pour ensuite remettre en question l'existence de ces marchés ?

S’il n’y avait des lieux réservésaux marchés alimentaires, et un service de nettoyage municipal après chaquemarché, les tonnes de marchandises et de détritus que cette activité génère seraient répandues chaotiquement sur l’espace public. Pourtant, qui songerait à interdire la vente de produits alimentaires, plutôt qu’à en organiser sainementl’activité ? S’il n’y avait de squares pour enfants où ceux-ci peuvent jouersans créer de nuisances sonores, sans envahir la chaussée et mettre en dangerleur vie ainsi que celle des autres, songerait-on à leur interdire de jouer,plutôt qu’à remettre en question l’aménagement urbain et la politique dela ville?

 

Ce travail de répartition et d’organisation des activités sur l’espace public, pour le bien et l’égalité de ses acteurs, c’est le travail politique même, c’est celui de nos élus. C’est ce travail qu’ils ne font toujours pas pour les biffins, alors même qu’ils reconnaissent qu’il faut promouvoir la « création d’espaces devente régulés » (Missika), des « espaces dans tout Paris »(Mées), « en accord avec les associations », afin que cesse cette« chasse aux pauvres » (Simmonet). Au dernier Conseil de Paris, dontsont issues ces citations, élus Verts, PG, PS et exécutif convenaient de cettenécessité d’ouvrir des « espaces régulés », pour proposer des« solutions concrètes » « aux parisiens et aux biffins »(Missika). Or, concrètement, c’est à l’extension de la ZSP, au déplacement desbiffins, que l’on assiste de nouveau aujourd’hui ; va-t-on continuer àleur dénier le droit à la ville, au travail, à la sécurité ? À maintenir l’activité de personnes déjà précaires dans la précarité ? Commentpeut-on, lorsque l’on note, comme Mme Calandra à ce même Conseil, que « cen’est pas une vie » que de vendre dans ces conditions, ne pas proposer demeilleures conditions - alors même que l’on reconnaît aussi que le sujetest débattu « depuis 2009 » ?

L’organisation des marchés desbiffins est possible et elle existe. C’est le cas au Carré des biffins à PorteMontmartre, géré par l’association Aurore  depuis 2009; à L’espace deproduits issus de la récupération à Porte Didot depuis 2010 ; au marché StMichel à Bordeaux, géré par SOS Broc sans stress ; au Marché des biffins,géré par AMELIOR à Montreuil depuis 2013. Sur ce terrain, notre association n’aà déplorer aucun problème d’insécurité ou de malpropreté ; il convient auxbiffins comme aux acheteurs sans être à proximité des Puces, et réalise unimportant recyclage par le marché de l’occasion. Ces marchés ont démontré parle fait qu’il est possible de s’organiser sainement ; leur nombre estcependant trop limité pour satisfaire à la demande, et leur multiplication estnécessaire.

 

C’est donc le moment de sortir dece cercle vicieux qui tourne depuis tant d’années : de se tourner versl’organisation de marchés des biffins, plutôt que de renforcer leur répression.De même que les communes réservent des espaces et des horaires pour des marchésalimentaires, des vide-greniers, des brocantes, appréciés par les riverains,elles peuvent organiser des marchés des biffins, qui apportent un service deproximité et une animation de l’espace public tout à fait appréciés lorsqu’ilssont distingués des nuisances de ces marchés à la sauvette que génèrent lespolitiques répressives.

Manifestation des associations AMELIOR et Sauve qui peut lors du dernier Conseil de Paris, pour demander des places et des marchés pour les biffins (sept.2014)

Outre cesraisons de sécurité et de tranquillité publique, de bien-vivre ensemble, ilfaut aussi voir que ces marchés des biffins créent de la richesse, réduisentles déchets à la source et renforcent la solidarité en mettant des biens peuchers sur le marché de l’occasion. Ce sont, typiquement, des « emploisverts », favorisant l’inclusion et l’économie circulaire à une échellelocale. On tient là, non seulement le moyen de résoudre des problèmes locaux depuis trop longtemps exacerbés, mais également de répondre à des défiséconomiques et environnementaux majeurs pour notre temps. Les marchés des biffinsne sont pas seulement un problème que l’on peut résoudre, à condition de distinguer répression et organisation. Il sont  une véritable chance pour l’économie, la solidarité, l’écologie.

 

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CP marché des biffins récuperateurs vendeurs mercredi 10 septembre à croix de chavaux à Montreuil

CP de l’association AMELIOR
À l'occasion du marché des biffin.e.s récupérateurs-vendeurs mercredi 10 septembre 2014 de 7h à 20h à Montreuil

C’est la rentrée – mais pas de vacances pour les biffins de l’association AMELIOR ! Après un an et demi de marchés mensuels à Croix de Chavaux, ils seront près de 200 à déballer à nouveau, sur leurs draps à même le sol, les objets glanés dans les poubelles et dans les rues, ou issus de leurs biens personnels. Ce, afin de répondre à des besoins économiques, sociaux et solidaires essentiels – les leurs, et ceux d'un public composé d'acheteurs habitués et de passants occasionnels, qui voient là une occasion de participer à un événement solidaire et convivial, et un exemple de réussite dans la lutte contre l'exclusion. Quelle exclusion ? Celle dont les travailleurs de la récupération-revente sont victimes le reste de l'année, en d'autres lieux d'où l'on essaie de les chasser. 

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Avant le déballage et la vente, les biffins travaillent quotidiennement au tri sélectif, à la récupération des déchets en amont de la collecte des villes et arrondissements. Les biffins ne sont pas inclus dans la gestion locale des "déchets" ; ils sont les héritiers d’un travail bien plus ancien que les modèles communaux existants, et c'est en toute indépendance qu'ils préservent cette économie du recyclage et participent à la baisse des tonnages des collectes d'ordures ménagères et d'encombrants. Cependant, ils ne sont nullement rétribués pour leur travail, qui est pourtant un service public, et les taxes acquittées par les contribuables, qui se calculent en fonction du nombre de tonnes collectées, ne diminuent pas. Bien au contraire, ils sont victimes d’un déni de droit, d’un refus d’accompagnement social et d’une véritable répression de leur activité. Pendant ce temps, les tonnes d’ordures collectées municipalement sont enfouies ou incinérées, donc perdues et causes de graves nuisances environnementales.

marchande_cuir_saint_ouen__0Les biffins sont pour la plupart dotés d'expérience et de qualités de professionnels dont la société actuelle, en pleine crise économique et écologique, a grandement besoin. Collecteurs, trieurs, réparateurs de tout type d’objets et appareil, connaisseurs des techniques et des matériaux, vendeurs et chineurs eux- mêmes... Tout cela appris souvent « sur le tas », dans des conditions de travail plus que difficiles. Ce métier prononcé, qui existe depuis plus de 800 ans, lorsqu’il était pratiqué par les chiffonniers et ferrailleurs dont ils sont les descendants, est une porte d'accès vers l'objectif zéro déchet en même temps qu'une certitude de création d'emplois, et notamment d’emploisdrokfaptaq4odmg9g9xy verts...

C’est pourquoi les biffins méritent l'octroi d'une place pour chacun d'entre eux. C'est là tout ce que réclame la communauté des biffins et leurs acheteurs, dont l'association AMELIOR a été créée dans le but de fédérer leurs revendications, et de rendre possible, en l’organisant, leur activité. Le droit à la biffe devrait, comme le droit au glanage le fut, être reconnu comme un droit fondamental, un droit nécessaire à la justice sociale et à la défense de l’éco-citoyenneté. Et pour que ce droit ait un effet concret, des marchés des biffins sur l'espace public doivent être organisés. La biffe pourrait alors (re)devenir ce qu’elle est : un vivier d’emplois, de formation, de connaissance et de lien social.

C’est ce retour qu’appelle de ses vœux l’association AMELIOR, et qu’elle cherche à élaborer concrètement sur son marché, en offrant des conditions de travail décentes, mais aussi conviviales, à la communauté des biffins. Dans cette optique, l’association est heureuse d’accueillir, ce mercredi, les performances d’artistes montreuillois : de 14h à 15h, musiciens et danseurs de l’école CubanaDanse viendront vous faire découvrir les rythmes et les pas cubains, suivis de près par les chansons de Guyom Touseul – ouvert à tous et à toutes, pour un espace public partagé ! À mercredi !

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Marché des biffins samedi 9 aout de 7h à 20H sous la halle du marché croix de chavaux à Montreuil

Venez nombreux pour soutenir l'artisanat de la petite redistribution !

Biff(e)Biff(e)

 

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tribune de l'Asso AMELIOR suite à l'interview du commissaire du 20eme dans le 75020.fr

http://le75020.fr/paris-XXe-75020-20e-arrondissement/vie-locale/police-vie-locale/65272-serge-quilichini-commissaire-du-20e-on-tient-larrondissement.paris-75020-info#.U8PVNagkH1w

 

"Le75020.fr : Y-a-t-il une spécificité du 20e arrondissement sur un type de délit ou de crime ?

Serge Quilichini : Déjà le trafic de stupéfiants. Ce ne sont pas toujours des immenses trafics. Le point de deal important c’est le 140 rue de Ménilmontant. On y fait régulièrement des arrestations. La configuration du 140 Ménilmontant est difficile : le trafic y est enkysté. Il faudrait des actions d’envergure comme à la cité Reverdy dans le 19e. Il faudrait un travail de très longue haleine de la PJ pour pouvoir mettre les trafics à jour. A notre niveau on n’a pas les moyens. On fait des gardes à vue pour refus d’obtempérer, outrage ou rébellion, pour toutes sortes de délits qui attendent une réponse immédiate. La réponse ne peut pas être retardée. Sinon ça serait un déni de justice. 

Il y a aussi la question des ventes à la sauvette de la Porte de Montreuil qui est totalement spécifique. Les puces normales de la Porte de Montreuil sont là depuis très longtemps. Et au fur et à mesure est venue s’agréger cette population de vendeurs à la sauvette. Ils vendent des pantalons, des chaussures, des CD, etc… Ils posent problème par leur nombre. Les riverains se sentent dépossédés de leur propre habitat. Les jours de puces, il y a un brouhaha, des comportements inciviles, des gens qui urinent, qui jettent des détritus. Parfois il y a des rixes mais c’est plus rare.

Les marchandises des vendeurs à la sauvette sont rarement des choses recellées. C’est de la récupération. Il y a aussi un peu de contrebande de cigarettes. On a filé une affaire il y a trois semaines à ce sujet.

On travaille aussi beaucoup avec la mairie sur la question des vendeurs à la sauvette. On a demandé que la passerelle Lambeau (prolongement de la rue Lucien Lambeau qui passe au-dessus du périphérique, ndlr) soit fermée. Celle-ci sera fermée le weekend prochain.  J’imagine bien que les gens qui occupaient la passerelle Lambeau vont se déporter. Mais ça sera plus facile de les contenir, parce qu’on ne sera pas dans un endroit restreint, exigu, dangereux. A charge pour nous, avec les forces que l’on a, de les tenir davantage. On compte beaucoup sur les CRS parce que dès lors qu’il y a les CRS, on arrive à avoir une situation claire.

 

Le75020.fr : Comment procédez-vous ?

Serge Quilichini : On n’interpelle pas. Le simple fait de voir les policiers,  les vendeurs s’en vont. Avec une section de CRS on arrive à avoir un nombre suffisant pour travailler en sécurité, et faire en sorte d’évacuer les vendeurs.

 

Le75020.fr :  Ne se déplacent-ils pas ailleurs, dans le quartier Coutures côté Bagnolet par exemple ?

Serge Quilichini : Il y a une petite intrusion place Eugène Varlin côté Bagnolet mais on est quand même dans la zone élargie des puces. Avec la ZSP et donc le renfort de CRS, forcément il y a plus de dilution. Ca crée des petits points de vente mais sur le périmètre qui reste celui de la porte de Montreuil. Je discute aussi avec les riverains de la place Eugène Varlin qui essaient de faire des animations pour récupérer leur place, mais ça n’est pas facile.

 

Le75020.fr : vous connaissez sans doute l’association AMELIOR qui s’occupe de défendre les biffins et leur droit à vendre dans la rue. Ils organisent régulièrement à Montreuil sous la halle la croix de chavaux  un marché sur lequel les biffins peuvent vendre leurs objets de manière régulée. Que pensez-vous de cette initiative ?

Serge Quilichini : C’est un point de fixation qui serait à mon sens défavorable parce que on irait vers une installation pérenne de ces problématiques. Cela contribuerait à fixer et à autoriser la vente de produits dont on a aucune connaissance sur l’origine.

 

Le75020.fr : Selon vous, c’est une question qui mérite un traitement social ?

Serge Quilichini : Le domaine social n’est pas ma compétence. Moi je suis comptable de la tranquillité publique, c’est tout. Les élus, les riverains, le prefet de police m’interpellent là-dessus. Donc je suis dans l’obligation d’apporter une réponse en terme de tranquillité publique, de faire en sorte que les gens qui habitent là, les gens qui passent, puissent avoir une situation satisfaisante. Je ne porte pas de jugement sur les gens qui viennent vendre."

 

tribune de l'association AMELIOR (1)

Il existe, dans le 20e arrondissement de Paris, une communauté de biffins récupérateurs-vendeurs, à proximité du marché aux puces de la porte Montreuil dont chacun connaît l'existence. Ce marché, aujourd'hui de délégation de service public, doit sa création en 1860 à la présence des chiffonniers biffins parisiens dans ce qui s'appelait à l'époque "la zone". Cette corporation de travailleurs en charge du recyclage des matériaux, reconnue depuis le Moyen-Âge, était en effet chassée du centre de Paris vers ses portes, où les biffins basèrent leur activité. Collaborant avec les artisans, les entreprises et  l'industrie, ils parvenaient à ces objectifs économiques que nous appelons aujourd'hui zéro déchet, développement durable, économie sociale et solidaire ou encore économie circulaire.
Lorsque la gestion des déchets devint, avec les prérogatives du préfet Poubelle en 1884, communale, certains biffins se professionnalisèrent et devinrent puciers, fripiers-brocanteurs ou antiquaires. Cette invention des marchés aux puces fut suivie de celles des vides greniers, des brocantes, des sites de vente en ligne ou des ressourceries et recycleries subventionnées. Ainsi, les communautés d'Emmaüs de l'Abbé Pierre ne se sont lancées dans l'activité de "bric à brac" qu'après 1951, sous l'impulsion des biffins.
 
Depuis quelques années, le marché aux puces de la porte Montreuil dans le 20eme arrdt est confronté à une problématique tout à fait "spécifique", à savoir qu'il n'y est pas aménagé d'espace de vente organisé pour les biffins. C'est pourtant le cas des deux autres marchés aux puces parisiens : aux puces de St Ouen, on trouve en effet le Carré des biffins, organisé par l'association Aurore à la porte Montmartre, et soutenu par la mairie de Paris et la mairie du 18eme (2). Aux puces de Vanves, la mairie du 14eme expérimente un espace porte Didot. Ce droit à la biffe est pourtant refusé aux biffins du 20eme arrondissement. Cela constitue une injustice du point de vue de l'égalité des territoires et de l'accès au droit individuel, pour des personnes déjà précaires, rejetées de la pauvreté vers la misère, et exposées à la violence de la répression, au harcèlement policier et parfois à la destruction de leurs biens. Politique injuste et coûteuse qui dure, malgré les revendications des biffins, depuis plus de 5 ans. De nouveaux fonctionnaires de police ne cessent d'être mobilisés sur cette zone, et la location par la mairie de Paris de camion-bennes d'une société privée depuis 2010 coûte à elle seule 180 000 euros par an (3).

Ainsi, depuis des années, les biffins sans place voient leur conditions de travail se dégrader, du fait de cette absence de volonté politique de mener une action sociale. Alors que le chômage et la précarité ne cessent d'augmenter, ils sont contraint de "vendre a la sauvette" leurs produits issus de la récupération. Pourtant, comme l'Abbé Pierre l'avait bien compris, la biffe permet de lutter contre la pauvreté, et contribue à réduire le gaspillage et la pollution. Ces objets proviennent en effet souvent du glanage sur la voie publique, ou encore de dons ou de possessions privées. Comme le souligne le commissaire du 20eme, "les marchandises des vendeurs à la sauvette sont rarement des choses recellées. C’est de la récupération."

La gestion policière de la rue Lucien Lambeau, consistant à essayer de "contenir" le marché des biffins "à la sauvette", n'a jamais apporté d'autre résultat que le déplacement de ces marchés, leur "dilution", en effet, dans les rues adjacentes, ou vers les quartiers de Belleville et Barbès-Rochechouart, parfois vers la ville de Bagnolet. L'absence de poubelles, de toilettes, de ramassage public des déchets en fin de journée, d'organisation du placement... Sont causes de nombreuses plaintes totalement justifiées des riverains, ainsi que des biffins eux-mêmes, puisque leurs conditions de vies et de travail sont rendues extrêmement difficiles et dangereuses. C'est donc ce type de gestion qui installe durablement ces problématiques. En 2010, l'ancien préfet Michel Gaudin assurait devant le Conseil de Paris qu'" il faut également que l'on aboutisse à une forme de régulation", et demandait "faut-il déterminer de nouveaux emplacements réservés à ces activités ?". En 2012, l'étude régionale sur les biffins viendra répondre positivement à cette question (4). Notre expérience dans l'organisation de marchés des biffins confirme cette réponse.

En effet, l'association AMELIOR s'est créée en 2012 autour de biffins qui réclament une véritable place en ville. Après avoir participé à de nombreux vides greniers et expérimenté un petit marché hebdomadaire d'une quarantaine de places durant plusieurs mois, l'association organise depuis mars 2013 un marché des biffins tous les mois sous la halle couverte du marché Croix de Chavaux à Montreuil. Les biffins adhérents ne vendent que de la récup', participent à la bonne tenue et au nettoyage du marché, en lien avec les services de propreté de la Ville. "Aux côtés de l’association Amelior, la ville de Montreuil entend lutter contre les exclusions donnant un cadre légal à l’activité des biffins, qui contribuent à la valorisation ou au recyclage des objets qu’ils récupèrent." (5)
 Dans le cadre de cette gestion associative faite par des bénévoles et les biffins eux-mêmes , certains des élus d'arrondissements et du conseil de Paris  sont venus rencontrer les biffins et constater la réussite d'une gestion inclusive et respectueuse des riverains, des biffins et de leurs activités. Les problèmes d'hygiène, de sécurité et d'aménagement de l'espace public sont précisément ceux que vient résoudre l'organisation collective.

L'organisation de la gestion des déchets, allant de la collecte des ordures ménagères et des encombrants à l'incinération - pour laquelle le contribuable paie des taxes - est elle-même à redéfinir. Les biffins luttent contre le gaspillage par la récupération, en amont de la collecte municipale, de biens abandonnés, "res nullius" qu'ils ne prennent à personne, mais qu'ils sauvent de l'incinération. Ils les remettent dans le circuit économique en les déballant sur l'espace public, permettant à leurs acheteurs de s'équiper à bas coût, et trouvant là le moyen de vivre dans des conditions décentes, respectueuses de l'accès aux droits fondamentaux et de la dignité humaine. A ce titre, les biffins et leurs acheteurs, acteurs historiques de l'économie du recyclage et de l'occasion, ainsi que les habitants des quartiers dans lesquels ils exercent, méritent respect et soutien, plutôt que l'abandon social, le dénigrement, le déni de droits, l'exclusion systématique et l'oppression dont ils sont victimes. La nécessité d'inventer un statut pour les biffins est une évidence (6)

Tout le monde s'entend à dire que la répression policiere est inefficace dans le temps, injuste humainement et coûteuse pour les deniers publics; que la pauvreté n'est pas un crime, que l'injustice est un scandale… Ce bel accord doit se concrétiser, surtout quand des solutions existent et qu'elles ont fait leurs preuves.
Nous appelons la maire de Paris Mme Anne Hidalgo et ses adjoints élus au Conseil de Paris ou en Conseil d'arrondissement, en charge de la lutte contre l'exclusion, de l'espace public, du commerce, de l'économie circulaire et de la propreté, à prendre d'urgence leurs responsabilités concernant les biffins habitants et exerçant à Paris (7).

Nous invitons M. le commissaire du 20eme arrdt et Mme la maire du 20e arrdt, ainsi que tous les acteurs et collectivités concernés, à se réunir autour d'une table ronde pour libérer ce métier, utile à la cohésion sociale et à l'économie du recyclage.

Association Amelior, lundi 14 juillet 2014


(1)  Association des Marchés Economiques Locaux Individuels et Organisés du Recyclage    http://amelior.canalblog.com/.

(2) http://www.mairie18.paris.fr/mairie18/jsp/site/Portal.jsp?page_id=825
 (3) http://www.leparisien.fr/espace-premium/paris-75/combien-coute-la-repression-des-biffins-05-03-2013-2616519.php
 (4) http://www.mipes.org/IMG/pdf/Synthese_biffins_lot_2_4_juin_2012-2.pdf
 (5) http://amelior.canalblog.com/archives/2014/02/06/29132216.html  et  http://www.montreuil.fr/grands-projets/lagenda-21/appel-a-initiatives-pour-une-ville-durable/

 (6)http://aurore.asso.fr/publications/Bull95/files/assets/basic-html/page1.html
  (7) http://manonloisel.blog.lemonde.fr/2012/11/04/joelle-et-gisele-biffines-de-la-porte-de-montreuil/ 

Bien à vous,
cordialement

pour l'asso AMELIOR
le conseil d'administration et membres du bureau.

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Marché des biffins AMELIOR samedi 12 juillet à croix de chavaux, Montreuil

Ce samedi 12 juillet, de 7h à 20h sous la halle du marché Croix de Chavaux à Montreuil, les récupérateurs-vendeurs biffins adhérents seront environ 200 à proposer à la vente leurs produits de récup, d'occasion, de seconde main, auprès des très nombreux acheteurs heureux de trouver la régulièrement un marché solidaire, qui lutte concrètement contre l'exclusion par une consommation solidaire et écologiste…

C'est là la onzième édition de ce marché montreuillois, qui constitue le plus grand marché organisé de biffins de France. En effet, dans de nombreux lieux à Paris et en général dans toute la France (Marseille, Lyon, Toulouse, Rennes…), l'activité des biffins est prohibée, considérée a tort par les pouvoirs publics comme de la vente a la sauvette. L'étude sur les biffins commanditée par le Conseil Régional d'Île de France, et dont la publication fut une conquête difficile, préconise d'attribuer un statut aux vendeurs de récup' biffins et de créer des places et des marchés réguliers sur l'espace public, en quantité proportionnelle à celle de leur présence en Île de France (l'étude les estime à environ 3000). Cependant, ce travail d'action social n'est nullement mené, au "profit" d'une politique de répression policière et de confiscation des biens des biffins, qui témoigne plutôt d'une absence de volonté politique d'intégration des biffins dans le circuit court du réemploi et du recyclage en ville, valeurs dont on proclame pourtant la défense. Cette politique, qui incrimine pour mieux discriminer, encourage le phénomène des ventes à la sauvette qu'elle dénonce, mettant en danger la vie des biffins. Depuis 10 ans, elle se contente de coûter cher aux contribuables, d'appauvrir et de déconsidérer biffins et acheteurs.

L'association Amelior s'oppose à ces pratiques antidémocratiques, et par ses actions veut montrer qu'une autre gestion de cette activité est possible. La récup' n'est un "problème" que lorsqu'elle est réprimée et désorganisée; en soi, c'est une valeur et une force économique et écologique qu'il faut soutenir.
Membre de l'alliance globale des récupérateurs de déchets et du mouvement ZERO WASTE, AMELIOR organise des marchés des biffins sous la halle du marché Croix de Chavaux depuis plus d'un an. Les riverains et les commerçants les plus proches ne se plaignent d'aucune nuisance, au contraire : le marché attire un public nombreux et divers, dans une ambiance conviviale et solidaire. Animation garantie ce samedi, grâce à la présence de Disco Soup, asso qui prépare et donne en musique de la nourriture entièrement issue de la récupération ! La halle où exposent les quelques 200 biffins et où chinent des milliers de personnes entre 7h et 20h est rendue dans un état impeccable, vingt minutes après la fin du marché, grâce à l'autogestion des biffins et à l'organisation d'une zone de gratuité en fin de journée, les biffins donnant aux glaneurs ce dont ils ne veulent plus.
Depuis des années, et toujours avec un grand plaisir partagé, l'asso et les biffins adhérents ont également été invités par des associations, des centres sociaux, des organisateurs de brocantes à venir déballer avec eux, à aider à l'organisation de brocantes, vide-greniers, fêtes de quartier, apportant ainsi leur expérience et leurs compétences dans les secteurs qui sont les leurs, et trouvant leur place dans la ville.
Et il est certain qu'organiser des marchés pour les biffins peut se faire en de nombreux endroits et en toute occasion, notamment là où la nécessité s'en fait le plus sentir : dans les arrondissements parisiens concernés par les marchés des biffins non organisés (20ème, 19ème, 10ème, 11ème, mais aussi 13ème et le 17ème).

Nous tenons à remercier les élus de Montreuil et les travailleurs des services qui nous aident - les agents du service de propreté qui nous donnent un coup de main pour le nettoyage, l'office de tourisme qui annonce les marchés… Nous saluons également les élus d'autres villes et arrondissements qui depuis des années demandent (et parfois obtiennent) l'égalité des droits pour les biffins et la fin de la politique de répression policière et de spoliation des biens; les associations solidaires des biffins qui les accueillent dans les vides greniers; les citoyens engagés qui ne supportent pas la banalisation de l'exclusion et de la violence envers les plus vulnérables; les amis, proches, voisins, et très nombreux chineurs et brocanteurs qui donnent et achètent aux biffins; les collectifs en lutte parmi lesquels se trouvent des biffins sans place, leur soutiens et adhérents.

Venez nombreux acheter malin, acheter biffin samedi 12 juillet de 7h à 20h sous la halle Croix de Chavaux

Biffe, Disco Soup, zone de gratuité en fin de marché
Récup', débrouille, solidarité !

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Marché des biffin.e.s AMELIOR mercredi 14 mai de 7h à 20h sous la halle du marché croix de chavaux à Montreuil

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Mai – fête du travail, jours fériés, vide-greniers qui se multiplient, temps qui se radoucit et congés qui approchent…
Mais il y a un mais : ces belles perspectives ne concernent que ceux qui ont le droit au travail, le droit à l’espace public, et qui jouissent des avantages liés à la sécurité de l’emploi et à la citoyenneté; elles ne concernent pas ceux qui sont exclus du droit au travail malgré la réalité, l’utilité et la pénibilité de leur travail ; c’est le cas des biffins.

Les biffins sont des récupérateurs-revendeurs professionnels : ils collectent des objets abandonnés pour les revaloriser, plutôt que de les laisser au statut de déchet, et pour les revendre, à des prix à accessibles à toutes les bourses. À la fois récup’ et marché de l’occasion, leur travail est doublement lutte contre le gaspillage. En amont, ils travaillent à la réduction des déchets à la source (récup’ dans les poubelles, dans la rue, auprès de particuliers voulant se débarrasser) ; en aval, à la baisse de l’extraction de nouvelles matières premières, du transport, de l’utilisation d’emballages… Ils oeuvrent à une décroissance de la production sans décroissance de l’emploi. Car les biffins sont des travailleurs, et leur travail est de forte utilité sociale – mais aujourd’hui, on leur refuse précisément le droit au travail. 

 En effet, à Paris et en Île-de-France, du fait de l’absence d’organisation des marchés des biffins et/ou de places réservées aux biffins sur les marchés, et de la fin de non-recevoir régulièrement adressée à leurs revendications, les biffins doivent quasiment tous exercer leur activité dans l’illégalité.

Dans l’illégalité, c’est-à-dire sans place, « à la sauvette », dans des zones de non-droit exposées à tous les débordements, où les biffins se voient pourchassés par la police qui spolie leurs biens pour les fournir à des sociétés privées de collecte des déchets – celles-là précisément qui envoient tous ces objets encore utilisables à l’incinérateur, faisant ainsi rimer injustice et pollution, gaspillage et empoisonnement de l’air. Coût écologique qui se double d’un coût fiscal - le prix du recours à l’une de ces bennes dépasse la modique somme de 10 000 € par mois. Et cela dure depuis bientôt 10 ans.
Dans l’illégalité, c’est-à-dire sans droit, hors du code du travail, dans une faille juridique qui les expose aux accidents de la vie et les prive des dispositifs conquis par les travailleurs pour assurer sécurité, liberté, bien-être et tout simplemen
t décence dans l’exercice de leur activité.
Dans l’illégalité, c’est-à-dire dans l’obscurité, sans reconnaissance, dans le mépris
et l’ignorance organisée de la réalité et de la valeur de leur métier. Un métier dénigré, assimilé à tort au vol, au recel, au trafic, ou renvoyé à un expédient contraint, honteux - honte et mépris social qui rejaillissent sur leurs acheteurs, ces consommateurs responsables acteurs de l’économie solidaire et de la lutte contre le gaspillage des biens et des matériaux.

 C’est ainsi que nous revendiquons le droit de travailleurs, d’hommes et de femmes accomplissant une oeuvre nécessaire, à travailler.
C’est ainsi que nous continuons d’exiger le DROIT À LA BIFFE
RDV mercredi 14 mai de 7h à 20h sous la halle du marché Croix de Chavaux pour le marché des biffins AMELIOR

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1er Mai 2014. DROIT A LA BIFFE POUR LES BIFFIN.E.S !

1 er mai 2014
DROIT À LA BIFFE POUR LES BIFFIN.E.S !

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En ce 1er mai – journée internationale des droits des travailleurs - de l’année 2014 - déclarée année de lutte contre le gaspillage alimentaire par le Parlement Européen - nous, association AMELIOR , rappelons :
- que le gaspillage n’est hélas pas qu’alimentaire, mais touche tous les secteurs de la production et de la consommation, produisant des déchets non biodégradables.
- que la solution pour lutter contre ce gaspillage des biens et des matériaux existe déjà
- mais que cette solution, loin d’être promue et encouragée concrètement par les pouvoirs publics, fait aujourd’hui l’objet d’une occultation et d’une répression systématiques.

Les biffins sont des récupérateurs-revendeurs professionnels : ils collectent des objets abandonnés pour les revaloriser, plutôt que de les laisser au statut de déchet, et pour les revendre, à des prix à accessibles à toutes les bourses. À la fois récup’ et marché de l’occasion, leur travail est doublement lutte contre le gaspillage. En amont, ils travaillent à la réduction des déchets à la source (récup’ dans les poubelles, dans la rue, auprès de particuliers voulant se débarrasser) ; en aval, à la baisse de l’extraction de nouvelles matières premières, du transport, de l’utilisation d’emballages… Ils oeuvrent à une décroissance de la production sans décroissance de l’emploi. Car les biffins sont des travailleurs, et leur travail est de forte utilité sociale – mais aujourd’hui, on leur refuse précisément le droit au travail.

En effet, à Paris et en Île-de-France, du fait de l’absence d’organisation des marchés des biffins et/ou de places réservées aux biffins sur les marchés, et de la fin de non-recevoir régulièrement adressée à leurs revendications, les biffins doivent quasiment tous exercer leur activité dans l’illégalité.

Dans l’illégalité, c’est-à-dire sans place, « à la sauvette », dans des zones de non-droit exposées à tous les débordements, où les biffins se voient pourchassés par la police qui spolie leurs biens pour les fournir à des sociétés privées de collecte des déchets – celles-là précisément qui envoient tous ces objets encore utilisables à l’incinérateur, faisant ainsi rimer injustice et pollution, gaspillage et empoisonnement de l’air. Coût écologique qui se double d’un coût fiscal - le prix du recours à l’une de ces bennes dépasse la modique somme de 10 000 € par mois. Et cela dure depuis bientôt 10 ans.
Dans l’illégalité, c’est-à-dire sans droit, hors du code du travail, dans une faille juridique qui les expose aux accidents de la vie et les prive des dispositifs conquis par les travailleurs pour assurer sécurité, liberté, bien-être et tout simplement décence dans l’exercice de leur activité.
Dans l’illégalité, c’est-à-dire dans l’obscurité, sans reconnaissance, dans le mépris et l’ignorance organisée de la réalité et de la valeur de leur métier. Un métier dénigré, assimilé à tort au vol, au recel, au trafic, ou renvoyé à un expédient contraint, honteux - honte et mépris social qui rejaillissent sur leurs acheteurs, ces consommateurs responsables acteurs de l’économie solidaire et de la lutte contre le gaspillage des biens et des matériaux.

C’est ainsi qu’en ce 1er mai 2014, nous revendiquons le droit de travailleurs, d’hommes et de femmes accomplissant une oeuvre nécessaire, à travailler.
C’est ainsi que nous continuons d’exiger le DROIT À LA BIFFE

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Montreuil TV : ce que vous faites pour la planete : le marché des biffins

http://webtv.montreuil.fr/----ce-que-vous-faites-pour-la-plan%C3%A8te---le-march%C3%A9-des-biffins-video-452-12.html

Mercredi 9 avril, la Halle du Marché Croix-de-Chavaux accueillait le marché des Biffins, un rendez-vous mensuel organisé par l'association AMELIOR. On y trouve des objets de toute sorte sauvés de la poubelle par les Biffins.

http://webtv.montreuil.fr/----ce-que-vous-faites-pour-la-plan%C3%A8te---le-march%C3%A9-des-biffins-video-452-12.html

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LES BIFFINS DE PARIS SONT DES RECYCLEURS ECOLOS par Bénédicte Martin (Reporterre) lundi 14 avril 2014

Les biffins de Paris sont des recycleurs écolos

 

Bénédicte Martin (Reporterre)

 

lundi 14 avril 2014

Poussés par la précarité, les « chiffoniers » du XIXe siècle sont de retour. Depuis 2005, les biffins de Paris luttent pour exister et exercer leur activité au grand jour. Considérés comme persona non grata par les autorités, ils offrent pourtant une alternative efficace pour recycler les déchets, source de pollution importante quand ils sont incinérés.

 


- Montreuil (Seine-Saint-Denis), reportage

« Faut remballer ça, c’est neuf, on ne vend pas du neuf ici, faut pas que les flics voient ça… ». Samuel Le Cœur fait signe au vendeur de housses de téléphone portable de ranger sa marchandise étalée par terre sur un drap de fortune. Tout autour d’eux des centaines d’objets hétéroclites s’amoncellent sur des stands improvisés baignés par les premiers rayons du soleil.

Sous l’auvent des halles de la Croix de Chavaux à Montreuil, un mercredi par mois c’est le « marché des biffins ». Samuel, gilet de chantier jaune fluo sur le dos, veille au bon déroulement de la journée. Président de l’association Amelior (Association des marchés économiques locaux individuels et organisés du recyclage), il arpente les deux allées qui séparent les alignements de bric à brac et discute avec les vendeurs de toutes nationalités.

Au premier abord, cela ressemble à un vide grenier, mais les biffins ne sont pas des revendeurs comme les autres. Le recyclage des objets chinés dans les poubelles est leur métier.

« Les biffins sont des gens qui ramassent la biffe - les chiffons - et récupèrent des objets dans les poubelles pour les vendre sur les marchés aux puces. Ils se réclament d’une très ancienne tradition de chiffonnier qui existe depuis mille ans à Paris. Leur activité est différente de celle des brocanteurs qui paient un droit de place, et ce ne sont pas non plus des revendeurs à la sauvette qui vendent du neuf » explique Samuel.


- Samuel Le Coeur -

Le dialogue entre les biffins et les autorités a toujours été difficile, voire impossible. Depuis le début, la police municipale saisit les marchandises et les détruit sans discernement. En 2005, les biffins se sont organisés pour lutter contre cette répression injuste. En 2009, l’association Aurore a obtenu cent places à la porte de Montmartre.

« On savait que ça serait insuffisant alors on a créé l’association Amelior pour regrouper tous les biffins d’île-de-France. Il y a 761 biffins inscrits aujourd’hui » précise Samuel. Selon la Mission d’information sur la pauvreté et l’exclusion sociale, ils seraient trois mille à Paris, arpentant les rues avec leurs caddies afin de faire les poubelles ; des hommes mais aussi des femmes pour un tiers d’entre eux.

L’économie de la débrouille en plein essor

Personnes au chômage, bénéficiaires du RSA, sans-papiers, retraités, la pauvreté a de multiples visages. La « récup » permet de survivre et de payer les factures. Cette économie informelle, très présente dans les pays émergents, est revenue dans nos sociétés européennes, malmenées par la précarité.

Pour l’anthropologue Susana Narotzky : « En dernière instance, l’économie informelle permet aux gens de ne pas perdre leur dignité, exigence qu’ils formulent avec celle du respect. »

Marie-Pierre accueille les chineurs avec un grand sourire. Elle témoigne : « Heureusement que j’ai découvert cette activité par le biais d’un ami car je suis aujourd’hui sans revenu. J’avais un bon travail jusqu’en 2008. Le plus incroyable c’est que j’étais consultante en insertion professionnelle pendant plus de 25 ans quand la société a fermé ! Les personnes que j’avais aidées à s’insérer me retrouvent là et c’est eux maintenant qui m’encouragent à tenir le coup ! »

- Marie-Pierre -

Au marché des biffins, une dame montre un écran plat et demande « Il fonctionne ? On peut l’allumer ? ». Le vendeur s’empresse d’aller le brancher aux prises électriques qui pendent le long des poteaux des halles. Ancien journaliste chinois, Rong-li est un biffin en attendant son statut de réfugié politique.

L’écran s’allume et la dame repart contente avec son écran à 5 euros sous le bras. « Je n’ai pas les revenus suffisants pour acheter à Auchan ce genre de chose ! Et en plus je préfère donner mes sous à des gens qui en ont vraiment besoin ! » lance-t-elle en partant.

- Rong Li -

Entre les biffins et les citoyens, des liens solidaires se créent. Donner de l’argent à ceux qui n’en ont pas est une bonne solution pour faire face à la crise. Mais les pouvoirs publics ne voient pas les choses ainsi.

Samuel qui se bat pour faire entendre leur voix s’anime : « Les biffins sont toujours considérés comme des vendeurs à la sauvette et sont pourchassés par la police. Ils sont passibles de 3 750 euros d’amendes et six mois de prison ferme. Cela fait deux ans que l’on essaie de rencontrer Anne Hidalgo pour établir un dialogue sur le sujet et trouver des solutions. La misère explose et les nouveaux élus doivent faire quelque chose. »

Mohammed a étalé devant lui des vêtements et bijoux tout droit sortis du 16ème arrondissement. Manteau de fourrure, colliers BCBG, chaussures élégantes, cravates en soie, lunettes et sacs de marques. « Je suis Marocain et ça fait 10 ans que je vis à Paris. Je me suis cassé le dos en faisant des travaux durs au noir. Après un divorce je me suis retrouvé dans la rue et comme je ne peux plus travailler car je suis handicapé, et sans papier, j’ai droit à rien. Je suis devenu biffin pour survivre. Je gagne entre 250 et 300 euros par mois. »

Xavier, à côté de lui est retraité. Il chine et répare de jolis objets qu’il vend pour augmenter sa maigre pension d’ouvrier du BTP. Trier, recycler, réparer et vendre à petits prix, serait-ce un délit ?

La collecte des déchets : un enjeu économique et écologique majeurs pour les villes

Le scandale d’attribution des déchets à la compagnie privée Derichebourg par l’élue PS Mireille Flam en 2005 met en évidence l’enjeu financier du traitement des ordures et encombrants.

Samuel rappelle : « Les tonnes de marchandises des biffins, saisies par la police à Paris vont remplir des bennes et les poches de la société privée Derichebourg. Tous ces biens spoliés finissent à l’incinérateur, qui produit du chauffage, dont le directeur des deux structures n’est autre que le maire du 19eme arrondissement, François Dagnaud, anciennement chargé de la privatisation des déchets à Paris. Les Parisiens paient pour cela, plus il y a de déchets incinérés plus ils paient ».

De plus, la location des bennes dans le 20è coûterait 180 000 euros par an à la mairie, selon le syndicat CGT des éboueurs. A cela s’ajoute le coût de la répression journalière des biffins par la police municipale qui n’a pas été communiqué malgré de demandes répétés d’élus Europe Ecologie-les Verts (EELV) au Conseil de Paris.


- La police saisit fréquemment et jette dans la benne les marchandises des biffins -

Cher pour le contribuable, toxique pour la santé, l’incinération des déchets est une problématique d’intérêt général. Pourtant les communes peinent à mettre en place des mesures de recyclage. Les biffins apportent une solution écologique au problème des déchets.

« L’incinération des déchets est un des premiers facteurs d’augmentation du CO2. La base des travaux verts c’est le travail des biffins. Si on veut vraiment vivre dans une société qui recycle ses matériaux il faut partir de cette masse de travailleurs qui ne demande que ça », estime M. Le Coeur.

Les élus vont-ils enfin prendre en compte la réalité sociale des biffins et amorcer une politique de traitement des déchets qui les inclut ? Malgré des appels répétés de Reporterre auprès de la Ville de Paris, il a été impossible d’obtenir le point de vue de celle-ci. De son côté, l’association Amelior va bientôt lancer une pétition en ligne pour alerter l’opinion.

 


Source : Bénédicte Martin pour Reporterre.

 

Première mise en ligne le 12 avril 2014.

 

Photos : Bénédicte Martin, sauf photo police : Samuel Le Coeur

 

Lire aussi : La Collecterie redonne vie aux objets et crée des emplois.

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Marché des biffin.e.s AMELIOR le mercredi 9 avril 2014 à Montreuil croix de chavaux

Association AMELIOR – les biffins

Communiqué de presse du 1er avril 2014

« Les berges sont à vous »
Voilà ce qu’annonçait, l’été dernier, la Ville de Paris, dans le cadre de l’ouverture de l’opération Paris-plage. Promesse d’un espace public ouvert, rêve d’une ville accessible à tous et à toutes, qu’il faut confronter à la dure réalité : on doit se battre, aujourd’hui, pour avoir une place sur l’espace public, pour être visible et audible dans le dialogue social. Témoins et victimes, les récupérateurs-revendeurs, ou biffins, ces descendants des chiffonniers qui pratiquent la « biffe », activité de récup’ et de revente des objets d’occasion en tout genre, et qui sont aujourd’hui discriminés et empêchés de pratiquer leur activité.

mais la biffe est boutée hors de Paris
En effet, depuis une dizaine d’années, et particulièrement sous les coups de ce PS qui proclame « les berges sont à vous », partout la biffe est boutée hors de Paris. Les biffins, pour exercer leur activité, n’ont guère le choix dans la date, et guère le choix dans les lieux : ils sont contraints de vendre à la sauvette, pour la plupart aux portes de Paris, du vendredi au lundi, menacés par une police qui les arrête et spolie sans inventaire leurs biens. De sorte que, aujourd’hui encore, on ne cesse de se faire taxer la biffe. Tout cela représente un danger réel pour la sécurité des récupérateurs-revendeurs, et des pertes importantes en termes de biffe. Pourquoi ces politiques ? Pourquoi stigmatiser tout ce qui a trait à la biffe ? Pourquoi nous pousser à quitter la biffe, une activité si nécessaire en temps de crises, permettant à de nombreuses personnes précaires de joindre les deux bouts, et simplement de survivre?

La biffe ne tache pas !
L’asso AMELIOR se bat pour la reconnaissance et la défense de la biffe, en organisant des marchés où chaque biffin adhérent peut venir déballer et vendre ; la place y est cédée à un prix solidaire, à raison de 2 à 4 mètres de biffe par tête (ce qui fait plus ou moins trois à la biffe). Cette organisation est viable, elle a été éprouvée à Montreuil, où l’association tient un marché par mois sous la halle du marché Croix de Chavaux. Celui-ci connaît un grand succès : l’affluence y est croissante, et l’on n’y déplore aucun incident, ni aucun problème de propreté. En effet, contrairement à l’accusation de saleté qui lui est régulièrement adressée, la biffe ne tâche pas (à condition, bien sûr, de ne pas la traîner). C’est une activité qui œuvre à la réduction des déchets, et d’une manière générale à la protection de l’environnement (surtout que, souvent, les chineurs vont et arrivent à pied de la chine).

Pourquoi continuer à taire la biffe ?
Alors que de nouvelles équipes municipales viennent d’être élues, reconduisant à Paris ce PS qui n’a depuis des années « géré » le problème que par la répression, cette situation absurde, coûteuse et criminelle doit cesser. L’été arrive, les berges ré-ouvrent, et la biffe ne saurait rester dans l’attente. Biffe de juillet, biffe de août, la biffe doit faire son été, faire sa place et la garder toute l’année ! Toute l’année, gardons nos magnifiques teints de biffe, car la biffe est de bon ton ! Mesdames et messieurs les élus, il faut cesser de taire la biffe, mais en piper mot, n'avoir que ça à la bouche ! Organiser de nouveaux marchés, car partout, la biffe est dans l’attente – l’attente d’une politique digne de ce nom, qui reconnaisse sa valeur et lui fasse la place qu’elle mérite. Hâtons la biffe ! Tout à la biffe !

Rendez-vous au MARCHÉ DES BIFFINS AMELIOR
Sous la HALLE DU MARCHÉ CROIX DE CHAVAUX à Montreuil
Le mercredi 9 AVRIL, de 7h à 20h
(en espérant pouvoir bientôt, à la faveur de décisions politiques courageuses,
vous laisser un peu plus de choix dans les dates)

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