Montreuil offre une place aux chiffonniers

Ils ont été autorisés à vendre leurs objets hétéroclites sous la halle du marché, samedi. Une première pour ces marchands pauvres.

Nathalie Perrier | Publié le 18.03.2013, 07h59


Montreuil, samedi. Camille, 76 ans, est venue de Paris pour vendre ses babioles. « Je ne fais rien de mal. J’ai 700 € de retraite, j’essaie juste d’arrondir les fins de mois. »

Montreuil, samedi. Camille, 76 ans, est venue de Paris pour vendre ses babioles. « Je ne fais rien de mal. J’ai 700 € de retraite, j’essaie juste d’arrondir les fins de mois. »

Elle n’aurait jamais pensé qu’un jour elle deviendrait biffin. A 75 ans, pourtant, Jeanne arpente ces marchés de la misère où retraités, chômeurs et autres galériens viennent vendre pour quelques euros de vieux vêtements, des articles ménagers dépareillés et des objets hétéroclites.

Comme ses compagnons d’infortune, Jeanne a étalé ses maigres biens sur une couverture sous la halle du de Montreuil, pour la première fois ouverte officiellement aux biffins. Un bonnet violet sur la , cette ancienne vendeuse au BHV tente de se réchauffer en attentant un hypothétique acheteur. « J’ai une petite retraite, 900 € par mois, confie-t-elle. Alors, de temps en temps, je fais mes fonds de tiroirs et je viens sur les marchés. Là, j’ai besoin de lunettes et de soins dentaires, c’est 800 € les lunettes, 700 € la dent, ma retraite ne suffit pas. J’ai un vieux renard de famille, des boutons de chemises, quelques habits que m’ont donnés des voisins… Les bons jours, j’arrive à gagner 40 €. Une fois, j’ai même fait 100 € ! » sourit Jeanne. Avec leurs babioles, les chiffonniers ne font pas fortune. « J’ai surtout des vieux habits, des chaussures usagées, témoigne son amie, Camille, 76 ans, ancienne serveuse. Je fais deux marchés par semaine et j’arrive tout juste à récolter 20 €. »

De maigres recettes qui les excluent des brocantes officielles. « Il y en a régulièrement dans mon quartier à , mais c’est 20 € le m2! regrette Jeanne. On est obligé d’aller sur les marchés clandestins ». Avec les risques que cela comporte… « Une fois, je me suis retrouvée au commissariat, se souvient Camille. Je ne fais pourtant rien de mal. J’ai 700 € de retraite, j’essaie juste d’arrondir les fins de mois ».

A les entendre, à la porte de Montreuil, à la porte de Clignancourt ou à Barbès, où l’on retrouve ces biffins, les descentes de police sont fréquentes. « Moi, je récupère des vieux téléphones portables. Je les répare ou je les vends en pièces détachées, raconte Ariès, un ouvrier algérien de 52 ans, sans-papiers, longtemps employé dans le bâtiment. Grâce à ça, je me fais 200 ou 300 € par mois. Mais quand la police intervient, je perds tout. Ils me chassent et, surtout, ils jettent tout ce que j’ai! »

Tous l’avouent, le marché de Montreuil est pour eux un havre de paix. « Ailleurs, c’est dangereux, commente Daniella, une Roumaine de 37 ans, qui vit de ménages. On a toujours peur de la police. Ici, j’ai payé 2 € la place, mais c’est propre, organisé, je travaille tranquillement ».

Souvent assimilés à des vendeurs à la sauvette, stigmatisés, beaucoup de biffins aspirent à une reconnaissance. « Je fais ça parce que j’ai besoin d’argent, reconnaît Abderamane, un salarié de 32 ans. Mais je défends aussi une autre façon de consommer. Je donne une seconde vie à des objets que je récupère dans la rue. Les biffins participent au recyclage. » « C’est une très belle initiative, abonde Djaouida, une cliente, qui vient d’acheter un collier à un euro. C’est incroyable ce que les gens jettent. Les biffins font de la récup, recyclent des objets et, en plus, ça leur permet de vivre. »

 

Le Parisien