A l’occasion des marchés des biffin.e.s recycleu.r.ses à Montreuil :  les mardi 12 novembre et samedi 14 décembre 2013 de 8h à 19h

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L’association AMELIOR se réjouit d’annoncer la tenue de deux prochains marchés des biffins : dès mardi prochain, le 12 novembre, ainsi que le 14 décembre. Tous deux se tiendront sous la halle du marché Croix de Chavaux à Montreuil, de 8h à 19h. Ils s'inscrivent dans la lignée des trois autres déjà organisés en ces lieux depuis mars 2013, dans le cadre de l’agenda 21 «espace public et environnement », par la ville de Montreuil.

Les biffin.e.s sont des travailleurs dont l’activité consiste à revendre des biens issus de la récupération, du recyclage ou d’échanges personnels. Vivant pour la plupart sous les seuils de pauvreté, souvent retraités, chômeurs, handicapés ou exclus d'une manière ou d'une autre du droit au travail (notamment en situation de mal logement ou de non logement), ils trouvent dans l’activité de recup’-revente un moyen digne et courageux de lutter concrètement contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Et ce, tout en étant utile à la société, du fait de la dimension écologique de leur travail et du service qu'elle apporte au public nombreux qui les fréquente.

En effet, cette économie populaire, à l’origine des marchés aux puces parisiens, est devenue une nécessité pour des dizaines de milliers d’acheteurs confrontés à la crise économique et aux fins de mois difficiles. De plus, ces collecteurs-trieurs sélectifs oeuvrent activement et toute l’année à la réduction des déchets et à la lutte contre le gaspillage de matériaux recyclables promis à la destruction par les voies imposées de l’incinération. Les biffins d’Île de France sont ainsi des acteurs précieux pour redonner une seconde vie aux objets et lutter contre l'obsolescence programmée. En intervenant en amont de la collecte municipale, leur travail agit dans le cadre de la défense de l’intérêt général : en transformant les déchets en produits, ils participent avec leurs acheteurs à la création de richesses dans l’économie réelle; sans ce travail, ces tonnes de biens auraient été traités comme "déchets", collectés et incinérés au frais des contribuables.

Garants de l'espace public partagé, ces marchés permettent enfin la rencontre, facilitant le lien social et la cohésion urbaine.

AMELIOR , association montreuilloise créée en aout 2012, fédère aujourd’hui plus de 400 membres dont plus de 250 biffin.e.s habitant dans une trentaine de communes franciliennes et arrondissements parisiens. L’association soutient l’activité des récupérateurs vendeurs et leur accès à l’égalité des droits au niveau local; elle défend la reconnaissance de ce métier en ville et l’inclusion des travailleurs du recyclage dans la gestion communale des déchets. En plus d’organiser ses propres marchés, elle participe à de nombreux vides-greniers et milite pour le droit à la biffe.

L'association se réjouit ainsi de constater qu'à Montreuil biffins, acheteurs, riverains, commerçants et pouvoirs publics ont pu œuvrer ensemble à l'organisation d'un marché digne, efficace et convivial. Face à la simplicité de cette solution, elle ne peut que déplorer le manque de volonté et de courage politique des arrondissements et communes franciliennes qui se refusent à traiter le problème (voire, refusent purement et simplement de reconnaître qu'il y en a un), aggravant par là les inégalités entre citoyens, mais aussi entre biffins exerçant de droit et biffins exerçant toujours « à la sauvette ». Ainsi, malgré des revendications bientôt décennales, seulement 150 places ont été créées ces quatre dernières années - 100 places à porte Montmartre, Paris 18eme, en septembre 2009 et 50 places à porte Didot, Paris 14eme, en janvier 2010. Pendant ce temps, le nombre de personnes exerçant la biffe a triplé, passant de 1000 biffins en 2005 à environ 3000 aujourd'hui, tous contraints à la vente à la sauvette du fait de cette absence de place, et par là même exposés à la répression policière.

Les biffins sont ainsi pris dans un cercle vicieux : on punit ceux-là mêmes que l'on contraint à l'illégalité, alors même qu'ils réclament des droits et de la reconnaissance, proposent des solutions simples, immédiatement applicables, et devraient pouvoir disposer des crédits votés en leur faveur dans le cadre de décisions démocratiques (100 000 euros votés en juin 2010 au Conseil de Paris; 1 million votés en décembre 2010 au Conseil Régional d'Île de France). C'est ainsi bel et bien un manque de volonté et de vision politique que l'on doit déplorer, la "gestion" policière des biffins venant remplacer toute tentative pour comprendre leurs besoins légitimes et nécessaires. A l'approche des élections municipales, le bilan de ces dernières années est donc tout à fait regrettable quand on considère les biffins victimes d'exclusion et de déni de leurs droits. Quel projet pour les années à venir? Quelle vision politique?

L’association AMELIOR propose donc de suspendre l'illégalité et de réduire l'inorganisation - et donc, la répression - de la biffe, en créant de toute urgence le nombre de places nécessaire à ce que tous les biffins jouissent des mêmes conditions matérielles et des mêmes droits, dans l'exercice de leur travail et dans leur vie quotidienne. Car l'exclusion des biffins est une impasse, tandis que l'organisation de leur activité au niveau local, dans le cadre d'un marché communal notamment, peut améliorer concrètement leur situation matérielle, juridique, ainsi que leur apporter la reconnaissance que leur activité mérite.