«Peaux de lapin! Peaux! Chiffons! Peaux! » C’était l’appel des biffins et des chiffonniers au début du XXe siècle dans les rues de Paris. Ils vendaient à petits prix des chiffons, tissus et autres objets récupérés à petits prix. Au XXIe siècle, ils existent toujours et se regroupent dans ce qu’on appelle parfois les « marchés de la misère ».

A Montreuil, aujourd’hui, de 8 heures à 19 heures, ils seront cent à vendre leurs trouvailles sous la halle de la Croix-de-Chavaux, mise à disposition par la ville pour la quatrième fois en un an.

Une victoire obtenue grâce à la mobilisation des biffins! Pour la première fois, les vendeurs à la sauvette rejetés de Paris XXe et qui se retrouvent à errer le week-end entre les Portes de Bagnolet et de Montreuil ont constitué leur association : Amelior (association des marchés économiques et locaux individuels et organisés de recyclage). L’initiative revient à Samuel Lecoeur. Ce Montreuillois rassemble aujourd’hui plus de 400 adhérents. « Ils sont en fait quelque 3000 hommes et femmes à survivre grâce aux revenus d’appoint que constitue la revente d’objets de récupération, assure-t-il. Et bien sûr, je ne parle pas de ceux qui revendent des objets volés. »

Pour la plupart, ces chiffonniers sont des chômeurs, des SDF, des retraités, des travailleurs pauvres, des marginaux et aussi des sans-papiers. « Je peux gagner jusqu’à 50 € dans une vente », raconte Hocine. Pour ce peintre en bâtiment, dans les périodes où il n’a pas de travail, cette rentrée d’argent de fin de semaine n’est pas négligeable. « Les gens jettent dans la rue des choses qui sont encore en bon état ou bien simplement utiles à d’autres », poursuit-il. Ce vendeur à la sauvette récupère tout ce qu’il trouve. « Ça va du bout de ferraille à des meubles en tout genre, en passant par des vêtements et des bibelots. » En décembre, Hocine a manifesté place de la République à Paris avec l’association Amelior, contre ce qu’ils appellent un « déni de droit dont les biffins sont victimes ». En cause? Le choix de la maire (PS) Frédérique Calandra du XXe d’expulser les vendeurs à la sauvette de son arrondissement par une présence policière renforcée dans le cadre de la mise en place d’une zone de sécurité prioritaire (ZSP).

« Nous n’avons pas de place et leur présence anarchique gêne les riverains », indique-t-on en mairie du XXe. Idem à Bagnolet où des habitants se disent aussi excédés par leur présence autour de chez eux. « C’est dangereux pour eux, estime Michel, qui habite dans le quartier des Coutures. Ils laissent les lieux dans un état de saleté insupportable. »

Pour éviter ces problèmes, l’association Amelior demande la multiplication un peu partout à Paris et en petite couronne de « carrés des biffins » à l’instar de celui qui a été créé il y a quelques années dans le XVIIIe. ou d’opérations ponctuelles comme ces rendez-vous sous la halle de la Croix-de-Chavaux à Montreuil.

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