Noël, Noël... Alors que cette année, en France nous prévoyons de dépenser en moyenne 531euros pour cette occasion, nous sommes nombreux à ne plus vouloir distribuer cet argent à des fabricants dont on connaît le peu de considération qu’ils ont pour le droit du travail (H&M, Auchan, Zara1...), pour la juste redistribution des richesses (IKEA2), ou pour les problèmes environnementaux causés par leurs politiques d’obsolescence programmée (Apple, Epson3...). D'une manière générale, nous savons qu'il est problématique d'acheter sans cesse de nouveaux produits neufs, dont nous nous séparerons bientôt, pour en acquérir d'autres.

Pourtant, pour ce Noël, ce sont encore 9,5 millions de produits high tech, dont 2,2 millions de smartphone qui doivent être achetés. Depuis le 1er décembre, il s'est vendu un smartphone neuf toutes les 2 secondes en France – alors même que la plupart des foyers consommateurs sont déjà équipés, que la hausse du pouvoir d’achat et la croissance de l’emploi ne sont pas tout à fait à l’ordre du jour, quelles conditions de production de ces objets sont criminelles au regard de notre droit4... Parmi les 13 millions de peluches vendues par an en France, seules 1% sont Made in France5...En faisant des cadeaux à nos proches, nous continuons à en faire à ces entreprises, qui certes n'ont pas été très sages...

 

Sans doute parce qu'il est difficile de trouver des alternatives à ces modes de consommation, qui ont le monopole de l'offre et de la communication, dont les grandes enseignes ne cessent de proliférer à chaque coin de rue7, avec aides à l'installation et exonérations fiscales à la clé. Il nous serait bien plus facile de « changer nos habitudes » si nous avions des solutions simples, en bas de chez nous, à petit prix.

C’est dans cet esprit que l’association AMELIOR réclame le développement d’une économie populaire de la récupération, en organisant des marchés locaux des biffins. Ces marchés de l’occasion, où les produits neufs sont strictement interdits, proposent des produits récupérés uniquement. Ce sont des marchés fédéraux, où chaque biffin adhérent vend pour lui-même ce qu’il a récupéré, sans qu’une entreprise privée centralise les recettes ou les éventuels dons drainés par cette activité8. Ils proposent un modèle d’activité indépendante, pour des personnes éloignées d’un marché de l’emploi bouché9, aujourd’hui d’autant plus exclues qu’elles sont traitées à tort comme des vendeurs à la sauvette, par ces mêmes mairies qui leur refusent l’accès au droit du travail. Marchés populaires, fédérant aujourd'hui plus de 200 biffins, ils sont ouverts à tous, intégrés dans une dynamique associative locale, et des prix très bas y sont pratiqués.

On y propose ainsi une consommation qui ne rime pas avec extraction (de matières premières) et destruction (de produits abandonnés considérés comme déchets); qui ne rime pas avec exploitation, répression ou pseudo-insertion de travailleurs de plus en plus pauvres; qui ne rime pas avec portefeuille-pressé-comme-un-citron.

Organiser sainement le marché de l’occasion, sous la forme de marchés populaires de la récupération, c’est œuvrer à une décroissance de la production sans décroissance de l’emploi ni du niveau de vie des ménages – au contraire, en ouvrant des emplois verts et en pratiquant des prix tout doux. En ces temps de crise l’urgence est grande ; à l'heure où le travail dominical fait débat à Paris, et que les vendeurs d'occasion sont exclus des marchés découverts parisiens10, nous rappelons que les biffins, qui ont inventé ces puces qui font le bonheur des parisiens le dimanche, sont les premiers à avoir besoin du statut de R.O.M (Revendeurs d'Objets Mobiliers) et de bénéficier des P.U.C.E (Périmètre d'Usage de Consommation Exceptionnel) !

Des marchés, oui, mais des biffins !

Des P.U.C.E oui, mais pour les R.O.M !

Des cadeaux, oui, mais MADE IN CHINEURS !

Prochain marché des biffins le 13 décembre de 8h à 19h sous la halle du marché Croix de Chavaux à Montreuil

 

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1 Trois entreprises dont les vêtements étaient confectionnés au Rana Plaza CF http://www.alternatives-economiques.fr/bangladesh---les-lecons-du-rana-pla_fr_art_633_63965.html

2 Le patron d’IKEA est accusé de fraude fiscale depuis 2011 (https://www.rts.ch/info/monde/2923383-enorme-fraude-fiscale-autour-du-patron-d-ikea.html )

3 A ce sujet, voir notamment Prêt à jeter, documentaire de C. Dannoritzer sur l’obsolescence programmée de nos objets et appareils (https://www.youtube.com/watch?v=J-XGn32vYQU), ainsi que le rapport des Amis de la Terre (http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/rapport_op_bdef_2_.pdf)

4Sur ce point, voir le documentaire d'E. Lucet, Les secrets inavouables de nos téléphones portables ( http://www.dailymotion.com/video/x29bu1n_les-secrets-inavouables-de-nos-telephones-portables-cash-investigation-1-3_people )

5 http://www.planetoscope.com/insolite/noel-noel-

6La taxe d'enlèvement des ordures ménagères et des encombrants revient en effet aux contribuables, quel que soit leur niveau de vie ou l'importance du gaspillage qu'ils génèrent.

7 http://www.reporterre.net/spip.php?article6568

8Notre organisation diffère ainsi de celles des entreprises d'insertion centralisées et subventionnées, dont les bénéfices sont privés et dont l'opacité dans le traitement des dons a récemment été soulignée par un reportage d'Envoyé Spécial (https://www.youtube.com/watch?v=x5iKiOjhPI0 )

9Sur les problèmes liés au mythe de l'insertion professionnelle dans le travail social en général et dans l'organisation de la biffe en particulier, voir le témoignage de Y. Grimaldi et P. Chouatra sur leur travail au Carré des biffins (18e) dans De seconde main : vendeurs de rue et travailleurs sociaux face à face dans la crise (éd. L'Harmattan, Paris 2014)

10La réglementation des marchés découverts parisiens interdit en effet leur accès aux vendeurs d'occasion. Seuls sont autorisés les produits alimentaires et les objets neufs...