Paris : les biffins retrouvent droit de cité -  14 avril 2019 - Avenue Denfert-Rochereau (XIVe).

stand de biffins

 Le nouveau marché des biffins, organisé par l'association Amelior, qui fédère les biffins de Paris et d'Ile-de-France, sera désormais mensuel.LP/Elodie Soulié.

Dédié aux spécialistes de la ramasse et de la récup, souvent exclus des puces et brocantes légales, le nouveau marché mensuel s’est lancé ce dimanche dans le XIVe.

Un drap recouvert de jouets d’enfant, des vêtements de seconde ou troisième main empilés sur le sol, des chaussures qui ont beaucoup marché mais marcheront encore, de la bimbeloterie et de la vaisselle, des téléphones, des livres et même des « œuvres d’art »… Au royaume de la récup, les biffins sont maîtres.

Ce dimanche sur l’avenue Denfert-Rochereau (XIVe), le long de l’enceinte du site des Grands Voisins, bon nombre de la centaine de vendeurs venus poser leurs marchandises voyaient dans ce « vide-greniers » une sorte de retour en grâce. Ils pourront désormais s’installer une fois par mois, avec l’autorisation de la Ville, sans craindre d’être chassés du bitume parisien comme des vendeurs à la sauvette.

« Les premiers acteurs du réemploi »

A la tête de l’association Amelior, qui fédère les biffins de Paris et d’Île-de-France, Samuel Le Cœur savoure un premier pas vers une reconnaissance officielle du droit de cité des biffins. Un pas vers la création d’un véritable « Carré des biffins » dans la capitale, comme le suggère un vœu validé soumis et validé au Conseil de Paris fin 2017 ? En tout cas cette première autorisation permet à Amelior d’organiser un marché régulier, mensuel et dédié à ceux pour qui la récup et la fouille des poubelles des Parisiens est un gagne-pain.

Solidarité envers les plus précaires, recyclage efficace de déchets qui partiraient autrement et coûteusement dans les bennes, animation… autant d’arguments que Samuel Le Cœur entend faire valoir jusqu’à gagner « un vrai marché » et « le droit à la biffe ».

« La mairie doit nous inclure dans la gestion de ses déchets, milite-t-il. Dans l’objectif zéro déchets, ce que les biffins récupèrent représente autant de tonnes de moins à traiter par incinération, ils sont les premiers acteurs du réemploi parisien, avant même les ressourceries car ils connaissent mieux que personnes les gisements de marchandises. Ce sont des pros ».

Olivier, l’un de ces rois du « système D »
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Exclus et marginalisés, mais pros. Et rois du système D comme Olivier, 55 ans, ancien publicitaire touché par le chômage au mauvais âge, depuis plus de 5 ans. Sur la planche de guingois qui lui sert de présentoir, le bric-à-brac voisine avec ses propres créations : des magnets artistiques conçus à partir de boîtes de sardines transformées en décor de miniatures, des confitures maison qu’il a faites avec les fruits du jardin de ses parents, quelques objets revisités… « Il faut être un peu créatif et vendre pas cher », sourit-il. Lui fait un vide-greniers chaque week-end.

« Je m’habille aux puces »

Ses confitures à 5 € ont fait le bonheur de Catherine, 66 ans, dont le chariot contenait déjà « toute une collection d’albums de Reiser, pour faire cadeau à mon beau-frère. 10 €, c’est une aubaine, ces marchés de la récup me permettent d’acheter des choses, notamment des cadeaux, que je ne pourrais acheter autrement. Si en plus c’est solidaire pour ces gens, alors… »

Un peu plus loin, Marie-Françoise s’offre un livre pour 1 €. « Je m’habille aux puces et n’ai pas acheté de vêtement depuis 10 ans, sourit cette Parisienne de 83 ans. Dans ces marchés chacun peut s’y retrouver ».

Le marché des biffins du XIVe reviendra le dimanche 12 mai de 7 heures à 19 heures, puis les 9 juin, 14 juillet et 11 août, avenue Denfert-Rochereau.